
Aventures sous-marines
Février 2016
Jâai passĂ© lâessentiel du mois de fĂ©vrier aux Philippines, Ă courir pieds nus sur la plage & Ă travailler sur la nouvelle app iPhone Gyroscope. Tout le voyage a Ă©videmment Ă©tĂ© suivi & quantifiĂ©, alors voici quelques temps forts :

- Pays : 2 (Philippines, Japon)
- Aéroports traversés : 5 (NRT, MNL, MPH, SJI, TAG)
- Heures en ligne : 143,5
- Total de pas : 244 236 (moyenne 8 421)
- Sorties course : 10 (23,8 miles)
- Temps en avion : 10 heures
- Plongées : 20
- Profondeur maximale : 40 mĂštres
- Données mobiles utilisées : 30 gigas (GLOBE + Softbank)
- Température moyenne : 88 °F
Chaque jour, en dĂ©couvrant de nouveaux endroits, je mâappuyais sur lâapp iPhone Gyroscope pour ĂȘtre sĂ»r dâabattre assez de travail, de rester actif & de tenir le cap. Je vais partager quelques rapports hebdomadaires et mensuels de lâapp, avec des commentaires sur chaque lieu & sur ce que jây ai trouvĂ© intĂ©ressant.



Tout a commencĂ© lâan dernier, quand la tour de San Francisco oĂč jâhabitais a Ă©tĂ© vendue. Une sociĂ©tĂ© a rachetĂ© lâimmeuble entier et dĂ©cidĂ© de mettre tout le monde dehors pour rĂ©nover. Mon colocataire a trouvĂ© un endroit similaire dans lâimmeuble dâĂ cĂŽtĂ©, mais il ne serait pas prĂȘt avant avril. Nous devions partir avant fĂ©vrier, il me fallait donc un point de chute pour deux mois.
Jâai cherchĂ© un moment sur AirBnb, mais jâai Ă©tĂ© atterrĂ© par le prix de tout ce qui se louait Ă SF, dâautant que le Superbowl approchait. Ăa allait ĂȘtre froid, bondĂ© & cher. Jâai commencĂ© Ă me demander si je ne devais pas partir ailleurs quelque temps.
Quelques mois plus tĂŽt, nous avions fait de lâentreprise une Ă©quipe entiĂšrement distribuĂ©e. Sans bureau Ă South Park, je profitais de la libertĂ© de travailler depuis mes cafĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©s. Tout se passant sur Slack, je pouvais en thĂ©orie travailler de nâimporte oĂč.
Je savais que câĂ©tait possible, parce que je lâavais dĂ©jĂ fait. Le April Zero dâorigine a surtout Ă©tĂ© construit en voyageant Ă travers la ThaĂŻlande & le Japon, en vivant avec un sac Ă dos. En prĂ©parant le rapport de voyage 2015, jâai rĂ©alisĂ© que ça remontait Ă loin et que je nâavais pas quittĂ© le pays depuis plus dâun an. La plupart des semaines, je ne mâĂ©loignais mĂȘme pas de quelques pĂątĂ©s de maisons autour de mon appartement.

Mon ami Dirk plongeait aux Philippines, publiait des photos incroyables tous les jours et me rĂ©pĂ©tait Ă quel point câĂ©tait bon marchĂ© lĂ -bas. Il commençait Ă pleuvoir et jâavais dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de soleil. Jâai demandĂ© Ă Dirk si les cafĂ©s des Philippines avaient un bon wifi.
Ne pas payer de loyer pendant deux mois me laissait un budget correct. En dĂ©pensant moins de 100 dollars par jour, ça reviendrait moins cher que de vivre Ă San Francisco. Certains endroits aux Philippines semblaient coĂ»ter seulement 30 Ă 40 dollars la nuit. Si seulement je trouvais un moyen pas cher dây allerâŠ
Bidouiller un voyage international
AprĂšs avoir passĂ© du temps sur Kayak, sur United et sur une sĂ©rie de forums de voyage, jâai dĂ©cidĂ© de mâenvoler pour Manille pendant un mois, puis de rentrer avec une escale Ă Tokyo. Avec un peu plus de recherche et de tĂątonnements, jâai fini par trouver les vols pour moins de 100 dollars au total, plus quelques points.
Qui a dit que voyager Ă lâĂ©tranger devait coĂ»ter cher ?
Les points ont fait lâaffaire, parce que les mĂȘmes vols auraient sinon coĂ»tĂ© environ 5 000 $, un prix prohibitif. Jâai utilisĂ© Ă la place environ 100 000 points, assez faciles Ă obtenir gratuitement. Jâen avais accumulĂ© pas mal aprĂšs deux ans de carte de crĂ©dit Chase Sapphire.
Ouvrir une nouvelle carte et lâutiliser quelques mois vous emmĂšne presque au but, puisquâelles offrent de gros bonus de 50 000 points et plus pour convaincre les gens de sâinscrire.

Il existe des centaines dâoutils et de façons de chercher, mais jâai fini par utiliser le site de United avec la case « search for award travel » cochĂ©e. Ce nâest pas techniquement gratuit, mais le prix en espĂšces se limite en gĂ©nĂ©ral aux taxes & frais minimums.

Jâaurais aimĂ© connaĂźtre ça il y a quelques annĂ©es, au lieu de payer des milliers de dollars de billets ! Je recommande vivement la carte Chase Sapphire pour cumuler des points & dâautres avantages gratuits. La plupart de mes amis ont maintenant la mĂȘme carte, et quand on va dĂźner, il y a 5 ou 6 cartes bleues identiques. Elle est aussi trĂšs pratique en voyage, sans frais Ă lâĂ©tranger.
Vous pouvez la demander ici pour obtenir un bonus dâinscription de 50 000 points. Les offres de bienvenue sont la façon la plus efficace dâaccumuler beaucoup de points, mais elles exigent un montant minimum de dĂ©penses en quelques mois : le calendrier compte.
MacBook 11"
Jâutilisais un Air 11" depuis deux ans. Parfait pour voyager, mais je craignais dâavoir un unique point de dĂ©faillance. Jâai dĂ©cidĂ© de prendre un deuxiĂšme portable par sĂ©curitĂ©, avec la mĂȘme configuration et le mĂȘme environnement de dev en local. Si lâun mourait, tombait dans un jacuzzi ou se dĂ©rĂ©glait, ce ne serait pas la fin du monde.
Surtout, je pouvais abattre deux fois plus de travail avant de devoir me brancher pour recharger. Ăa sâest rĂ©vĂ©lĂ© essentiel, car les prises se sont avĂ©rĂ©es plutĂŽt rares, souvent uniquement dans les chambres dâhĂŽtel.

SFO ââ NRT
Fin janvier, toutes mes affaires Ă©taient emballĂ©es, prĂȘtes pour le garde-meuble. Avec un billet dâavion Ă 20 dollars pour les Philippines et deux portables, jâĂ©tais prĂȘt Ă partir Ă lâaventure.
Le premier vol avait un excellent wifi et des prises, et jâai beaucoup avancĂ©. Nous venions de sortir une premiĂšre version des amis & des groupes sur Gyroscope, et il y avait tout un tas dâamĂ©liorations Ă faire maintenant que les gens sâen servaient et nous envoyaient des retours.


On aurait dit une journĂ©e de travail comme une autre, sauf que jâĂ©tais dans un avion. Je me suis arrĂȘtĂ© Ă lâaĂ©roport de Narita pour une courte escale et pour faire le plein de sushis, puis jâai continuĂ© vers Manille. Beaucoup de gens mâavaient dit que Manille nâĂ©tait pas un endroit trĂšs agrĂ©able, alors je suis restĂ© Ă lâaĂ©roport jusquâĂ mon vol du lendemain matin, qui mâemmenait Ă Boracay.
Boracay
Je nâavais pas encore trouvĂ© oĂč dormir, alors jâai cherchĂ© ça aussi en route. Mon plan : marcher le long de la plage jusquâĂ trouver un endroit sympa, puis nĂ©gocier un prix. Des amis mâavaient envoyĂ© leurs recommandations, je commencerais par lĂ .
Jâai fini par mâinstaller sur une plage rĂ©putĂ©e, White Beach, ainsi nommĂ©e pour son sable blanc et fin. AprĂšs avoir sĂ©journĂ© sur beaucoup de plages, je peux tĂ©moigner quâun bon sable est trĂšs difficile Ă trouver. La plupart des plages sont assez grossiĂšres, et pas trĂšs plates non plus, ce qui est mauvais pour courir pieds nus. Boracay Ă©tait un dĂ©lice.



Jâaimais me lever chaque matin vers le lever du soleil et partir courir. La plage Ă©tait orientĂ©e Ă lâouest, les soirĂ©es offraient donc de superbes couchers de soleil. Je travaillais sur une grosse mise Ă jour de lâapp de course, et câĂ©tait un endroit idĂ©al pour la tester rĂ©guliĂšrement.
Cette nouvelle version apportait des avatars personnalisables à la place du logo, de nouveaux textes en surimpression aux couleurs de Gyroscope, et quelques expériences de croissance.



Chaque jour, des messages Ă©taient Ă©crits dans le sable devant chacun des grands hĂŽtels, avec des dessins Ă©laborĂ©s autour du mot « Boracay ». LâidĂ©e dâun art datĂ© mâa beaucoup intriguĂ©. Chaque Ćuvre en devenait unique, au lieu dâĂȘtre quelque chose quâon capture une fois pour toutes.
Au fil de la semaine, nous avons ajoutĂ© un tas dâamĂ©liorations Ă lâapp et nous avons enfin soumis la nouvelle version Ă lâapp store (elle y est maintenant en v2.0.2). CâĂ©tait agrĂ©able de travailler depuis diffĂ©rents endroits pendant la semaine : un Starbucks qui donnait sur la plage, ou parfois la plage elle-mĂȘme.



Notre grand chantier suivant, câĂ©taient les groupes sur Gyroscope. Ils feraient passer lâapp dâune expĂ©rience solo Ă quelque chose oĂč vos amis vous motivent. Nous venions dâamĂ©liorer la section Amis, oĂč lâon peut retrouver les gens quâon connaĂźt et les ajouter, avec accĂšs Ă leurs profils. Jâai ajoutĂ© une trentaine de personnes que je connaissais, et câĂ©tait sympa de voir un Ă©cran avec leurs derniers pas & leurs positions.

MĂȘme Ă des milliers de miles de la plupart dâentre eux, jâavais lâimpression de savoir ce que chacun faisait, mais dâune façon trĂšs diffĂ©rente dâun fil Twitter ou Facebook. Nous avons classĂ© la liste dâamis par nombre de pas, pour donner une idĂ©e de la comparaison avec votre activitĂ© du jour.



Comme aller Ă peu prĂšs nâimporte oĂč Ă Boracay demandait une longue marche le long de la plage, je faisais beaucoup de pas. Courir tous les matins poussait encore le compteur plus haut. Avec une mise Ă jour livrĂ©e, beaucoup de soleil et des pas rĂ©guliĂšrement Ă©levĂ©s, la semaine 1 dĂ©marrait bien.

La perspective
Pour certains, voyager Ă lâĂ©tranger est une façon de se dĂ©connecter et de sâĂ©loigner du travail. Ăa ne mâintĂ©resse pas vraiment : je ne crois pas que je pourrais arrĂȘter de construire des choses mĂȘme si je le voulais. Ce que jâaime le plus dans le voyage, câest la perspective quâil donne. Loin de votre appartement, de vos amis, de votre routine et de vos affaires, vous vous rappelez qui vous ĂȘtes vraiment.
Quand vous réalisez que vous traversez le ciel dans une boßte en métal, en regardant de minuscules villes tout en bas, difficile de ne pas se sentir inspiré et de ne pas croire que presque tout est possible.
Lâautre chose que jâattendais, câĂ©tait de cĂŽtoyer des gens dâautres cultures, avec des vies totalement diffĂ©rentes. AprĂšs un moment Ă San Francisco, on finit par avoir lâimpression que tout le monde travaille dans une startup et se soucie des mĂȘmes choses. On mâa vite rappelĂ© que la plupart des gens ne savent mĂȘme pas ce quâest une startup, et encore moins nâen dirigent une.
Mais câĂ©tait intĂ©ressant de voir que presque tous, mĂȘme sur les Ăźles les plus reculĂ©es, connaissaient intimement les produits créés par des startups : ils jouaient Ă candy crush sur leur iPhone et Ă©taient constamment sur Instagram. Ils nâavaient simplement aucune idĂ©e de comment, pourquoi ni oĂč ces produits avaient Ă©tĂ© créés, ce qui est logique.
CâĂ©tait frappant de voir que presque personne en Asie nâavait de Fitbit ou dâApple Watch. En revanche, la plupart fumaient. Tout le monde semblait avoir un iPhone, mais il faudra peut-ĂȘtre des annĂ©es ou des dĂ©cennies avant que la culture de la santĂ© et du sport nâarrive jusque-lĂ .
Presque tout ce que nous avions construit jusque-lĂ visait le web sur ordinateur, mais alors que nous prĂ©parions la sortie de la nouvelle app iPhone Gyroscope, je voulais vraiment adopter lâĂ©tat dâesprit mobile pour la rĂ©ussir au mieux. Jâai dĂ©cidĂ© de faire de mon tĂ©lĂ©phone mon appareil principal et de vivre vraiment depuis lui, comme le reste du monde. Une connexion 3G lente rendait lâexpĂ©rience encore plus rĂ©elle.
Jâai vite constatĂ© que certaines apps comme Instagram et Twitter marchaient toujours trĂšs bien et avaient Ă©tĂ© optimisĂ©es pour ce cas dâusage. Dâautres, comme Slack, Ă©taient un cauchemar absolu, clairement pas pensĂ©es pour les connexions lentes. Notre app se situait entre les deux : correcte par endroits, catastrophique ailleurs (comme lâenvoi de photos).
Beaucoup de gens dans notre secteur nâont pas eu des expĂ©riences trĂšs variĂ©es. Ils nâont donc pas assez de points Ă relier, et finissent avec des solutions trĂšs linĂ©aires, sans vision large du problĂšme. Plus notre comprĂ©hension de lâexpĂ©rience humaine est vaste, meilleur sera notre design.
Steve Jobs, Wired, février 96

Ferry pour Mindoro
AprĂšs une semaine Ă Boracay, il Ă©tait temps de partir vers la destination suivante. Câest celle que jâattendais le plus : un complexe appelĂ© Apo Reef Club, dans une partie reculĂ©e de lâĂźle de Mindoro. Lâendroit avait lâair agrĂ©able, mais lâattraction principale, câĂ©taient leurs sorties en bateau de 2 jours vers le rĂ©cif dâApo tout proche, un parc national aux rĂ©cifs et aux poissons rĂ©putĂ©s magnifiques.
Les quelques plongĂ©es faites Ă Boracay nâavaient rien dâextraordinaire, mais cet endroit Ă©tait censĂ© ĂȘtre hors du commun. Je me suis inscrit Ă lâune des sorties plongĂ©e, avec lâidĂ©e de rester au complexe et dâavancer sur le travail le reste du temps.

Contrairement Ă Boracay, il nây avait pratiquement rien aux alentours. Pas de restaurants, pas de ville, personne dâautre. MĂȘme le village le plus proche Ă©tait Ă des miles. Certains jours, jâĂ©tais le seul client du complexe. CâĂ©tait une belle façon de sâĂ©loigner de tout un moment. Il y avait des hamacs, des jardins et une piscine, autant dâendroits sĂ©duisants pour sâasseoir et travailler sur les nouveaux groupes Gyroscope.
Le wifi Ă©tait quasi inexistant. Jâavais achetĂ© une carte SIM Globe avant de venir, avec 30 gigas de donnĂ©es. Jâen utilisais environ un giga par jour. Toutes les quelques heures, je passais par le partage de connexion pour pousser mes changements sur GitHub, relever mes e-mails et Slack, puis je me remettais au travail. Sans les distractions dâinternet, je suis devenu bien plus productif.


Avoir deux portables sâest aussi rĂ©vĂ©lĂ© extrĂȘmement utile. Lâun chargeait dans la chambre pendant que je travaillais. Quand il fallait changer, jâallais les Ă©changer et je reprenais lĂ oĂč jâen Ă©tais.

Chaque jour Ă 9 h, lâapp Gyroscope envoie une notification avec le rĂ©sumĂ© de la veille. Câest trĂšs simple, mais ça se rĂ©vĂšle un moyen puissant de tenir le cap et dâorganiser sa journĂ©e.
Si la veille comptait peu de pas, je mâassurais dâaller courir et de mâentraĂźner ce jour-lĂ . Ă lâinverse, si le temps en ligne Ă©tait insuffisant, je savais que je devais rattraper et je sortais mon ordinateur.
Jâai RescueTime installĂ© sur mon ordinateur ; il sâintĂšgre Ă Gyroscope et fournit automatiquement des stats trĂšs utiles sur ma productivitĂ©. Sur mon tĂ©lĂ©phone, Moves suit les endroits oĂč je vais et la façon dont je me dĂ©place entre eux.



Je voyage aussi avec mon Fitbit Charge HR, qui suit ma frĂ©quence cardiaque et mes pas chaque jour. Je le prĂ©fĂšre Ă lâApple Watch en voyage, parce que je nâai Ă le recharger que tous les 4 ou 5 jours et que la frĂ©quence cardiaque est un peu plus dĂ©taillĂ©e. Bien quâil soit techniquement seulement « rĂ©sistant Ă lâeau », je lâai emmenĂ© Ă une dizaine de pieds sous la surface et il a lâair de trĂšs bien sâen sortir. Ma montre de plongĂ©e, elle, est Ă©tanche jusquâĂ 2000 pieds, une limite que je ne compte pas tester.

Une journĂ©e type Ă Apo Reef commençait vers 5 ou 6 heures. Je me levais et je rattrapais mes e-mails et mes appels avant que tout le monde ne se couche aux Ătats-Unis. Puis petit-dĂ©jeuner vers 7 h, pour un cafĂ©.



Il nây avait pas grand-chose dâautre Ă faire sur lâĂźle, alors je travaillais quasiment toute la journĂ©e, avec une courte pause dĂ©jeuner et une heure au coucher du soleil pour courir et dĂźner. Le soir, je me dĂ©tendais en lisant un chapitre ou deux, puis je me remettais au travail quelques heures avant de mâendormir.
En un mois, jâai rĂ©ussi Ă venir Ă bout de plusieurs livres qui traĂźnaient sur ma liste :
- High Output Management
- Business Adventures
- The Song Machine
- 50 Places to Dive before you Die
- The Circle
- Travels, de Michael Crichton
- Japanese for Busy People (manuel)
Tout au long de la journĂ©e, je regardais lâapp Gyroscope pour voir oĂč jâen Ă©tais. Je voyais les chiffres bouger toutes les quelques minutes et je vĂ©rifiais que jâĂ©tais dans les clous.

CâĂ©tait en gros un jeu dâĂ©quilibre entre le temps passĂ© sur lâordinateur et les pas et lâexercice. Notre app de course rendait amusant le fait de partir trottiner le long de la plage pour rattraper mes objectifs de pas et de frĂ©quence cardiaque.


LâĂźle dâApo Reef
La sortie en bateau Ă laquelle je mâĂ©tais inscrit partait le 13, avec une nuit sur place et un retour le lendemain soir. Nous ferions 5 plongĂ©es le premier jour, dormirions sur le bateau Ă la belle Ă©toile, 5 plongĂ©es de plus le lendemain, puis retour. Il fallait se lever Ă 5 h pour partir Ă lâheure. Vers 9 h, nous sommes arrivĂ©s sur le premier site : une Ă©pave.

Le rĂ©cif dâApo sâest rĂ©vĂ©lĂ© lâun des plus beaux endroits que jâaie jamais vus, grĂące Ă la conjonction de conditions parfaites (une eau chaude et cristalline), dâespĂšces magnifiques (des tortues et des requins qui circulent librement) et de lâabsence totale dâautres humains alentour.
JâĂ©tais en binĂŽme avec Ed, un divemaster de 22 ans qui a grandi sur une Ăźle voisine et plonge depuis ses 14 ans. Nous avions notre propre rythme : plonger aussi longtemps que possible (environ une heure), remonter pour un intervalle de surface (encore une heure environ), puis redescendre.
Les tortues

La premiĂšre tortue, je suis passĂ© Ă cĂŽtĂ© sans la voir. Quelquâun mâa attrapĂ© la jambe et me lâa montrĂ©e du doigt, et aprĂšs quelques secondes jâai compris que ce qui ressemblait Ă un rocher Ă©tait la carapace dâune grosse tortue. En mâapprochant pour la photographier, elle est partie Ă la nage. Mais quelle Ă©motion !

Beaucoup dâautres poissons, mĂȘme les requins, Ă©taient assez craintifs. On pouvait en voir un, mais sâen approcher assez pour une bonne photo Ă©tait presque impossible.
Les tortues, elles, semblaient se moquer complĂštement des humains. Souvent, je pouvais nager juste Ă cĂŽtĂ© dâelles et elles continuaient ce quâelles faisaient. Ăa a donnĂ© de superbes photos et vidĂ©os.
Dâautres fois, elles avançaient tranquillement et je pouvais nager Ă leurs cĂŽtĂ©s. CâĂ©tait totalement surrĂ©aliste. Elles sont manifestement chez elles ici, dĂ©pensant Ă peine de lâĂ©nergie quand il me fallait toute la force de mes palmes pour suivre.

Souvent, elles Ă©taient accompagnĂ©es dâautres poissons sous le ventre. On voit frĂ©quemment les requins et les gros poissons escortĂ©s par ces poissons nettoyeurs. Câest une belle dĂ©monstration de symbiose sous-marine que de voir ces espĂšces toujours ensemble, comme le poisson-clown et lâanĂ©mone.

Plongée profonde
La plupart des plongĂ©es descendent Ă 20 ou 30 mĂštres (60â100 pieds), avec une remontĂ©e progressive sur une heure, puis un palier de sĂ©curitĂ© Ă 5 mĂštres avant de faire surface. Mais beaucoup de requins et dâautres espĂšces intĂ©ressantes vivent bien plus bas.
Ma plongĂ©e la plus profonde est descendue Ă 40 mĂštres, battant mon record prĂ©cĂ©dent dâenviron 32. Ă cette profondeur, vous ĂȘtes Ă plus de cent pieds sous la surface et vous sentez le poids de 5 atmosphĂšres terrestres au-dessus de vous.
Mes lĂšvres se sont mises Ă picoter, Ă cause de la pression ou du froid, et jâai ressenti ce quâon appelle la narcose Ă lâazote, qui ressemble un peu Ă lâivresse, causĂ©e par les changements dans lâair qui parvient au cerveau. Jâai fait le pouce en lâair Ă Ed, et nous avons entamĂ© la (trĂšs) lente remontĂ©e vers 20 mĂštres. Nous nâavons malheureusement pas trouvĂ© de requins lĂ en bas, mais il y en aurait beaucoup ensuite.

Dans lâexcitation de la descente, jâavais totalement oubliĂ© que mon appareil photo Ă©tait dans ma poche ! Un Fujifilm reconditionnĂ©, prĂ©vu pour 15 mĂštres seulement.
Je ne voulais pas dĂ©penser un quart de mon budget voyage dans une GoPro toute neuve (la prĂ©cĂ©dente avait pris lâeau il y a deux ans en plongeant Ă Santa Barbara), alors jâavais achetĂ© lâappareil sous-marin le moins cher sur Amazon. MĂȘme sâil Ă©tait donnĂ© pour 15 mĂštres, je le soupçonnais dâen supporter davantage.
Il a survĂ©cu jusquâĂ 40, et jâai Ă©tĂ© assez impressionnĂ© par la fabrication et la qualitĂ© des photos, sans doute meilleures que les images dâune GoPro.
Il est difficile dâexpliquer la magie de la plongĂ©e Ă quelquâun qui nâa jamais essayĂ©. Chaque plongĂ©e donne lâimpression dâĂȘtre dans une Ă©quipe dâexploration de Star Trek, Ă explorer des mondes Ă©tranges pour entrer en contact avec des espĂšces extraterrestres. On ne sait jamais Ă quoi sâattendre, mais il finit toujours par se passer quelque chose dâexcitant.
Jâai essayĂ© de prendre quelques photos & vidĂ©os pour capturer et raconter certaines des choses incroyables que jâai vues. Voici une courte vidĂ©o avec quelques temps fortsâŠ
Une plongĂ©e moyenne aux Ătats-Unis (Ă HawaĂŻ ou en Californie) coĂ»te plus de 100 $, alors quâici elles revenaient Ă 10â20 $, dans une eau bien plus chaude. Jâai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler dans un endroit oĂč il suffisait de monter sur un bateau pour aller plonger lâaprĂšs-midi. Au lieu de la pause dĂ©jeuner ou de la rĂ©union dâaprĂšs-midi habituelle, je passais du temps avec des requins.
Les requins
La plupart des gens Ă qui jâen parle ont peur des requins et me rappellent des scĂšnes des Dents de la mer. Les requins de cette zone ne sont pas les fameux grands blancs, mais des requins de rĂ©cif, bien plus petits et pas du tout agressifs.

En gĂ©nĂ©ral, ils sâenfuyaient dĂšs quâils nous voyaient, ce qui rendait la photo difficile. Leur façon de se dĂ©placer dans lâeau Ă©tait trĂšs gracieuse et Ă©lĂ©gante. Ceux que nous avons croisĂ©s Ă©taient des requins de rĂ©cif Ă pointes blanches et Ă pointes noires. On a aussi vu des requins-marteaux et des requins-renards lĂ -bas, mais pas pendant notre passage.

Les barracudas
à part nager aux cÎtés des tortues, le moment le plus magique du voyage a été la rencontre avec un banc de barracudas. Certaines espÚces, comme le grand barracuda, se déplacent seules ou en couple. Nous en avons croisé quelques-uns, sans grand émoi.

Dâautres barracudas se dĂ©placent en bancs de centaines, voire de milliers. Ă la fin dâune plongĂ©e plutĂŽt calme, alors que nous allions faire notre palier de sĂ©curitĂ© et remonter, nous avons Ă©tĂ© entourĂ©s par un de ces bancs.
Ayant dĂ©jĂ croisĂ© des barracudas (au bien nommĂ© Barracuda Rock, en ThaĂŻlande), je savais Ă quoi mâattendre et je nâavais pas vraiment peur, mĂȘme sâils nageaient Ă quelques pieds de moi. Ils ont virĂ© et ont fini par tourner autour de nous. Avec des barracudas de tous les cĂŽtĂ©s, la seule chose Ă faire Ă©tait de rester calme et de prendre de bonnes photos.

Contrairement Ă ma rencontre prĂ©cĂ©dente, oĂč ils Ă©taient simplement passĂ©s, ceux-ci ont continuĂ© Ă tourner autour de nous plusieurs minutes. Au troisiĂšme ou quatriĂšme tour, jâai commencĂ© Ă mâinquiĂ©ter un peu. Est-ce une sorte de rituel dâavant-dĂ©jeuner ? Aiment-ils la cuisine indienne ? Pendant leurs tours, jâavais lâimpression que chacun dâeux me regardait droit dans les yeux.

Au bout de quelques minutes, ils se sont visiblement lassĂ©s de nous et ont dĂ©cidĂ© dâaller ailleurs. Ils Ă©taient des milliers, donc impossible de savoir qui commandait ni comment ils dĂ©cidaient collectivement, mais câĂ©tait fascinant de les voir soudain sâenrouler en spirale sous nous et repartir tous quelques secondes plus tard.

Les petites choses
Au dĂ©but, plus les animaux Ă©taient gros, plus nous Ă©tions excitĂ©s. Une sortie nâĂ©tait vraiment rĂ©ussie que si vous croisiez un gros requin ou une grosse tortue. « Vu quelque chose de bien ? » « Bof, juste des petits trucs. »
Mais aprĂšs la dixiĂšme tortue, elles se ressemblaient toutes. Je ne prenais mĂȘme plus la peine dâallumer mon appareil si elle ne faisait rien de spĂ©cial. CâĂ©tait intĂ©ressant, et un peu inquiĂ©tant, de voir Ă quelle vitesse lâexotique devient banal, pour Ă peu prĂšs tout le monde dans le groupe. On dirait que les humains sont profondĂ©ment programmĂ©s pour juger les choses Ă leur raretĂ©, et sâhabituent trĂšs vite mĂȘme aux spectacles les plus magnifiques.
Pourtant, la beautĂ© nous entourait de partout. Il a juste fallu un peu de temps pour se calmer et vraiment la remarquer. Lâune de mes activitĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©es est devenue la recherche de nudibranches. Ils sont minuscules, un pouce ou deux au maximum, mais trĂšs vivement colorĂ©s, repĂ©rables si lâon regarde de prĂšs.

Les nudibranches
MĂȘme dans un monde dĂ©jĂ Ă©clatant de couleurs, les nudibranches se dĂ©tachent vraiment par leurs teintes vives. On dirait que quelquâun a poussĂ© la saturation Ă 110 % pour ces petits bonshommes.
Les photographier pose des difficultĂ©s particuliĂšres. Comme ils sont minuscules, il faut vraiment sâapprocher, ce qui demande une maĂźtrise parfaite de la flottabilitĂ©. En suspension Ă un pouce au-dessus, il faut trouver le timing parfait entre lâappareil, le courant, la respiration et lâanimal.

La plupart ont deux petites antennes sur la tĂȘte, comme leurs cousins escargots terrestres. Mais beaucoup ont aussi toutes sortes de panaches qui dĂ©passent un peu partout.

Alona Beach
AprĂšs quinze jours de plongĂ©e & de solitude productive Ă lâApo Reef Club, la derniĂšre Ă©tape aux Philippines Ă©tait une Ăźle appelĂ©e Panglao. Je logeais dans un complexe sur une bande de sable appelĂ©e Alona Beach. Lâambiance rappelait Boracay, avec beaucoup de restaurants et de gens qui marchent le long de la plage, mais en bien plus petit et moins bondĂ©. Le wifi y Ă©tait censĂ© ĂȘtre plutĂŽt bon, ce qui me rĂ©jouissait.




Toute la plage faisait moins dâun mile de long, donc y courir voulait dire enchaĂźner les allers-retours.

Chaque matin, je descendais au petit-dĂ©jeuner de lâhĂŽtel Ă 7 h et jâavais un rapide appel Skype avec Mahdi avant quâil nâaille se coucher au Canada.



Je passais ensuite le reste de la journĂ©e dans diffĂ©rents cafĂ©s et coins prĂšs du complexe. La nouvelle page des groupes Ă©tait presque prĂȘte et jâavais hĂąte dâen sortir la bĂȘta pour quelques utilisateurs Pro.

Foursquare mâa conduit Ă un joli cafĂ©, le Buzzz, avec des boissons bio au miel. Jây ai travaillĂ© la plupart des jours. On y servait les smoothies Ă la mangue les plus dĂ©licieux. Le reste du temps, je travaillais au bord de la piscine ou au bar de lâhĂŽtel, qui servait aussi des smoothies Ă la mangue.

Jâai fait quelques plongĂ©es avec le club local, mais rien de spectaculaire. La visibilitĂ© nâĂ©tait pas terrible, le bateau Ă©tait trop chargĂ© et il nây avait mĂȘme pas de requins. Bref, Apo Reef mâavait gĂątĂ©.
Un matin, jâai oubliĂ© de mettre de lâanti-moustiques et, Ă lâheure du petit-dĂ©jeuner, jâĂ©tais couvert dâune douzaine de piqĂ»res de toutes sortes. Pendant ce temps, mes lunettes de soleil Ă©taient littĂ©ralement en train de fondre. Lâinternet lent et lâattente permanente commençaient Ă peser. Au bout de 25 jours, jâen ai eu assez de la chaleur, du sable et des insectes partout. Il Ă©tait temps de partir.

Mon plan Ă©tait de rester aux Philippines jusquâĂ ĂȘtre rassasiĂ© de nature, puis dâaller Ă Tokyo jusquâĂ ĂȘtre rassasiĂ© de bonne cuisine, et enfin de rentrer Ă San Francisco.
Heureusement, mon vol pour Narita était le lendemain. Parfaitement dans les temps.
Ă suivreâŠ