Connecting...

Cancel

L’histoire de Gyroscope

Aventures sous-marines aux Philippines 🌮

Construire la nouvelle app Gyroscope HealthKit entre nage avec les requins et courses sur la plage

Aventures sous-marines

Février 2016

J’ai passĂ© l’essentiel du mois de fĂ©vrier aux Philippines, Ă  courir pieds nus sur la plage & Ă  travailler sur la nouvelle app iPhone Gyroscope. Tout le voyage a Ă©videmment Ă©tĂ© suivi & quantifiĂ©, alors voici quelques temps forts :

  • Pays : 2 (Philippines, Japon)
  • AĂ©roports traversĂ©s : 5 (NRT, MNL, MPH, SJI, TAG)
  • Heures en ligne : 143,5
  • Total de pas : 244 236 (moyenne 8 421)
  • Sorties course : 10 (23,8 miles)
  • Temps en avion : 10 heures
  • PlongĂ©es : 20
  • Profondeur maximale : 40 mĂštres
  • DonnĂ©es mobiles utilisĂ©es : 30 gigas (GLOBE + Softbank)
  • TempĂ©rature moyenne : 88 °F

Chaque jour, en dĂ©couvrant de nouveaux endroits, je m’appuyais sur l’app iPhone Gyroscope pour ĂȘtre sĂ»r d’abattre assez de travail, de rester actif & de tenir le cap. Je vais partager quelques rapports hebdomadaires et mensuels de l’app, avec des commentaires sur chaque lieu & sur ce que j’y ai trouvĂ© intĂ©ressant.

Tout a commencĂ© l’an dernier, quand la tour de San Francisco oĂč j’habitais a Ă©tĂ© vendue. Une sociĂ©tĂ© a rachetĂ© l’immeuble entier et dĂ©cidĂ© de mettre tout le monde dehors pour rĂ©nover. Mon colocataire a trouvĂ© un endroit similaire dans l’immeuble d’à cĂŽtĂ©, mais il ne serait pas prĂȘt avant avril. Nous devions partir avant fĂ©vrier, il me fallait donc un point de chute pour deux mois.

J’ai cherchĂ© un moment sur AirBnb, mais j’ai Ă©tĂ© atterrĂ© par le prix de tout ce qui se louait Ă  SF, d’autant que le Superbowl approchait. Ça allait ĂȘtre froid, bondĂ© & cher. J’ai commencĂ© Ă  me demander si je ne devais pas partir ailleurs quelque temps.

Quelques mois plus tĂŽt, nous avions fait de l’entreprise une Ă©quipe entiĂšrement distribuĂ©e. Sans bureau Ă  South Park, je profitais de la libertĂ© de travailler depuis mes cafĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©s. Tout se passant sur Slack, je pouvais en thĂ©orie travailler de n’importe oĂč.

Je savais que c’était possible, parce que je l’avais dĂ©jĂ  fait. Le April Zero d’origine a surtout Ă©tĂ© construit en voyageant Ă  travers la ThaĂŻlande & le Japon, en vivant avec un sac Ă  dos. En prĂ©parant le rapport de voyage 2015, j’ai rĂ©alisĂ© que ça remontait Ă  loin et que je n’avais pas quittĂ© le pays depuis plus d’un an. La plupart des semaines, je ne m’éloignais mĂȘme pas de quelques pĂątĂ©s de maisons autour de mon appartement.

Un mois typique Ă  SF

Mon ami Dirk plongeait aux Philippines, publiait des photos incroyables tous les jours et me rĂ©pĂ©tait Ă  quel point c’était bon marchĂ© lĂ -bas. Il commençait Ă  pleuvoir et j’avais dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de soleil. J’ai demandĂ© Ă  Dirk si les cafĂ©s des Philippines avaient un bon wifi.

Ne pas payer de loyer pendant deux mois me laissait un budget correct. En dĂ©pensant moins de 100 dollars par jour, ça reviendrait moins cher que de vivre Ă  San Francisco. Certains endroits aux Philippines semblaient coĂ»ter seulement 30 Ă  40 dollars la nuit. Si seulement je trouvais un moyen pas cher d’y aller


Bidouiller un voyage international

AprĂšs avoir passĂ© du temps sur Kayak, sur United et sur une sĂ©rie de forums de voyage, j’ai dĂ©cidĂ© de m’envoler pour Manille pendant un mois, puis de rentrer avec une escale Ă  Tokyo. Avec un peu plus de recherche et de tĂątonnements, j’ai fini par trouver les vols pour moins de 100 dollars au total, plus quelques points.

Qui a dit que voyager Ă  l’étranger devait coĂ»ter cher ?

Les points ont fait l’affaire, parce que les mĂȘmes vols auraient sinon coĂ»tĂ© environ 5 000 $, un prix prohibitif. J’ai utilisĂ© Ă  la place environ 100 000 points, assez faciles Ă  obtenir gratuitement. J’en avais accumulĂ© pas mal aprĂšs deux ans de carte de crĂ©dit Chase Sapphire.

Ouvrir une nouvelle carte et l’utiliser quelques mois vous emmùne presque au but, puisqu’elles offrent de gros bonus de 50 000 points et plus pour convaincre les gens de s’inscrire.

Rien que mon vol retour avec United coûte maintenant environ 4 000, ce qui est assez ridicule.

Il existe des centaines d’outils et de façons de chercher, mais j’ai fini par utiliser le site de United avec la case « search for award travel » cochĂ©e. Ce n’est pas techniquement gratuit, mais le prix en espĂšces se limite en gĂ©nĂ©ral aux taxes & frais minimums.

39 $, c’est dĂ©jĂ  bien plus raisonnable

J’aurais aimĂ© connaĂźtre ça il y a quelques annĂ©es, au lieu de payer des milliers de dollars de billets ! Je recommande vivement la carte Chase Sapphire pour cumuler des points & d’autres avantages gratuits. La plupart de mes amis ont maintenant la mĂȘme carte, et quand on va dĂźner, il y a 5 ou 6 cartes bleues identiques. Elle est aussi trĂšs pratique en voyage, sans frais Ă  l’étranger.

Vous pouvez la demander ici pour obtenir un bonus d’inscription de 50 000 points. Les offres de bienvenue sont la façon la plus efficace d’accumuler beaucoup de points, mais elles exigent un montant minimum de dĂ©penses en quelques mois : le calendrier compte.

MacBook 11"

J’utilisais un Air 11" depuis deux ans. Parfait pour voyager, mais je craignais d’avoir un unique point de dĂ©faillance. J’ai dĂ©cidĂ© de prendre un deuxiĂšme portable par sĂ©curitĂ©, avec la mĂȘme configuration et le mĂȘme environnement de dev en local. Si l’un mourait, tombait dans un jacuzzi ou se dĂ©rĂ©glait, ce ne serait pas la fin du monde.

Surtout, je pouvais abattre deux fois plus de travail avant de devoir me brancher pour recharger. Ça s’est rĂ©vĂ©lĂ© essentiel, car les prises se sont avĂ©rĂ©es plutĂŽt rares, souvent uniquement dans les chambres d’hĂŽtel.

Le sticker Timehop me permet de repĂ©rer facilement lequel est l’ancien

SFO ‎✈ NRT

Fin janvier, toutes mes affaires Ă©taient emballĂ©es, prĂȘtes pour le garde-meuble. Avec un billet d’avion Ă  20 dollars pour les Philippines et deux portables, j’étais prĂȘt Ă  partir Ă  l’aventure.

Le premier vol avait un excellent wifi et des prises, et j’ai beaucoup avancĂ©. Nous venions de sortir une premiĂšre version des amis & des groupes sur Gyroscope, et il y avait tout un tas d’amĂ©liorations Ă  faire maintenant que les gens s’en servaient et nous envoyaient des retours.

On aurait dit une journĂ©e de travail comme une autre, sauf que j’étais dans un avion. Je me suis arrĂȘtĂ© Ă  l’aĂ©roport de Narita pour une courte escale et pour faire le plein de sushis, puis j’ai continuĂ© vers Manille. Beaucoup de gens m’avaient dit que Manille n’était pas un endroit trĂšs agrĂ©able, alors je suis restĂ© Ă  l’aĂ©roport jusqu’à mon vol du lendemain matin, qui m’emmenait Ă  Boracay.

Boracay

Je n’avais pas encore trouvĂ© oĂč dormir, alors j’ai cherchĂ© ça aussi en route. Mon plan : marcher le long de la plage jusqu’à trouver un endroit sympa, puis nĂ©gocier un prix. Des amis m’avaient envoyĂ© leurs recommandations, je commencerais par lĂ .

J’ai fini par m’installer sur une plage rĂ©putĂ©e, White Beach, ainsi nommĂ©e pour son sable blanc et fin. AprĂšs avoir sĂ©journĂ© sur beaucoup de plages, je peux tĂ©moigner qu’un bon sable est trĂšs difficile Ă  trouver. La plupart des plages sont assez grossiĂšres, et pas trĂšs plates non plus, ce qui est mauvais pour courir pieds nus. Boracay Ă©tait un dĂ©lice.

J’aimais me lever chaque matin vers le lever du soleil et partir courir. La plage Ă©tait orientĂ©e Ă  l’ouest, les soirĂ©es offraient donc de superbes couchers de soleil. Je travaillais sur une grosse mise Ă  jour de l’app de course, et c’était un endroit idĂ©al pour la tester rĂ©guliĂšrement.

Cette nouvelle version apportait des avatars personnalisables à la place du logo, de nouveaux textes en surimpression aux couleurs de Gyroscope, et quelques expériences de croissance.

Chaque jour, des messages Ă©taient Ă©crits dans le sable devant chacun des grands hĂŽtels, avec des dessins Ă©laborĂ©s autour du mot « Boracay ». L’idĂ©e d’un art datĂ© m’a beaucoup intriguĂ©. Chaque Ɠuvre en devenait unique, au lieu d’ĂȘtre quelque chose qu’on capture une fois pour toutes.

Au fil de la semaine, nous avons ajoutĂ© un tas d’amĂ©liorations Ă  l’app et nous avons enfin soumis la nouvelle version Ă  l’app store (elle y est maintenant en v2.0.2). C’était agrĂ©able de travailler depuis diffĂ©rents endroits pendant la semaine : un Starbucks qui donnait sur la plage, ou parfois la plage elle-mĂȘme.

Différents lieux de travail au fil de la semaine

Notre grand chantier suivant, c’étaient les groupes sur Gyroscope. Ils feraient passer l’app d’une expĂ©rience solo Ă  quelque chose oĂč vos amis vous motivent. Nous venions d’amĂ©liorer la section Amis, oĂč l’on peut retrouver les gens qu’on connaĂźt et les ajouter, avec accĂšs Ă  leurs profils. J’ai ajoutĂ© une trentaine de personnes que je connaissais, et c’était sympa de voir un Ă©cran avec leurs derniers pas & leurs positions.

MĂȘme Ă  des milliers de miles de la plupart d’entre eux, j’avais l’impression de savoir ce que chacun faisait, mais d’une façon trĂšs diffĂ©rente d’un fil Twitter ou Facebook. Nous avons classĂ© la liste d’amis par nombre de pas, pour donner une idĂ©e de la comparaison avec votre activitĂ© du jour.

Comme aller Ă  peu prĂšs n’importe oĂč Ă  Boracay demandait une longue marche le long de la plage, je faisais beaucoup de pas. Courir tous les matins poussait encore le compteur plus haut. Avec une mise Ă  jour livrĂ©e, beaucoup de soleil et des pas rĂ©guliĂšrement Ă©levĂ©s, la semaine 1 dĂ©marrait bien.

Les déplacements de la semaine 1

La perspective

Pour certains, voyager Ă  l’étranger est une façon de se dĂ©connecter et de s’éloigner du travail. Ça ne m’intĂ©resse pas vraiment : je ne crois pas que je pourrais arrĂȘter de construire des choses mĂȘme si je le voulais. Ce que j’aime le plus dans le voyage, c’est la perspective qu’il donne. Loin de votre appartement, de vos amis, de votre routine et de vos affaires, vous vous rappelez qui vous ĂȘtes vraiment.

Quand vous réalisez que vous traversez le ciel dans une boßte en métal, en regardant de minuscules villes tout en bas, difficile de ne pas se sentir inspiré et de ne pas croire que presque tout est possible.

L’autre chose que j’attendais, c’était de cĂŽtoyer des gens d’autres cultures, avec des vies totalement diffĂ©rentes. AprĂšs un moment Ă  San Francisco, on finit par avoir l’impression que tout le monde travaille dans une startup et se soucie des mĂȘmes choses. On m’a vite rappelĂ© que la plupart des gens ne savent mĂȘme pas ce qu’est une startup, et encore moins n’en dirigent une.

Mais c’était intĂ©ressant de voir que presque tous, mĂȘme sur les Ăźles les plus reculĂ©es, connaissaient intimement les produits créés par des startups : ils jouaient Ă  candy crush sur leur iPhone et Ă©taient constamment sur Instagram. Ils n’avaient simplement aucune idĂ©e de comment, pourquoi ni oĂč ces produits avaient Ă©tĂ© créés, ce qui est logique.

C’était frappant de voir que presque personne en Asie n’avait de Fitbit ou d’Apple Watch. En revanche, la plupart fumaient. Tout le monde semblait avoir un iPhone, mais il faudra peut-ĂȘtre des annĂ©es ou des dĂ©cennies avant que la culture de la santĂ© et du sport n’arrive jusque-lĂ .

Presque tout ce que nous avions construit jusque-lĂ  visait le web sur ordinateur, mais alors que nous prĂ©parions la sortie de la nouvelle app iPhone Gyroscope, je voulais vraiment adopter l’état d’esprit mobile pour la rĂ©ussir au mieux. J’ai dĂ©cidĂ© de faire de mon tĂ©lĂ©phone mon appareil principal et de vivre vraiment depuis lui, comme le reste du monde. Une connexion 3G lente rendait l’expĂ©rience encore plus rĂ©elle.

J’ai vite constatĂ© que certaines apps comme Instagram et Twitter marchaient toujours trĂšs bien et avaient Ă©tĂ© optimisĂ©es pour ce cas d’usage. D’autres, comme Slack, Ă©taient un cauchemar absolu, clairement pas pensĂ©es pour les connexions lentes. Notre app se situait entre les deux : correcte par endroits, catastrophique ailleurs (comme l’envoi de photos).

Beaucoup de gens dans notre secteur n’ont pas eu des expĂ©riences trĂšs variĂ©es. Ils n’ont donc pas assez de points Ă  relier, et finissent avec des solutions trĂšs linĂ©aires, sans vision large du problĂšme. Plus notre comprĂ©hension de l’expĂ©rience humaine est vaste, meilleur sera notre design.
Steve Jobs, Wired, février 96
L’üle suivante, oĂč j’allais rester deux semaines

Ferry pour Mindoro

AprĂšs une semaine Ă  Boracay, il Ă©tait temps de partir vers la destination suivante. C’est celle que j’attendais le plus : un complexe appelĂ© Apo Reef Club, dans une partie reculĂ©e de l’üle de Mindoro. L’endroit avait l’air agrĂ©able, mais l’attraction principale, c’étaient leurs sorties en bateau de 2 jours vers le rĂ©cif d’Apo tout proche, un parc national aux rĂ©cifs et aux poissons rĂ©putĂ©s magnifiques.

Les quelques plongĂ©es faites Ă  Boracay n’avaient rien d’extraordinaire, mais cet endroit Ă©tait censĂ© ĂȘtre hors du commun. Je me suis inscrit Ă  l’une des sorties plongĂ©e, avec l’idĂ©e de rester au complexe et d’avancer sur le travail le reste du temps.

Contrairement Ă  Boracay, il n’y avait pratiquement rien aux alentours. Pas de restaurants, pas de ville, personne d’autre. MĂȘme le village le plus proche Ă©tait Ă  des miles. Certains jours, j’étais le seul client du complexe. C’était une belle façon de s’éloigner de tout un moment. Il y avait des hamacs, des jardins et une piscine, autant d’endroits sĂ©duisants pour s’asseoir et travailler sur les nouveaux groupes Gyroscope.

Le wifi Ă©tait quasi inexistant. J’avais achetĂ© une carte SIM Globe avant de venir, avec 30 gigas de donnĂ©es. J’en utilisais environ un giga par jour. Toutes les quelques heures, je passais par le partage de connexion pour pousser mes changements sur GitHub, relever mes e-mails et Slack, puis je me remettais au travail. Sans les distractions d’internet, je suis devenu bien plus productif.

Avoir deux portables s’est aussi rĂ©vĂ©lĂ© extrĂȘmement utile. L’un chargeait dans la chambre pendant que je travaillais. Quand il fallait changer, j’allais les Ă©changer et je reprenais lĂ  oĂč j’en Ă©tais.

Chaque jour Ă  9 h, l’app Gyroscope envoie une notification avec le rĂ©sumĂ© de la veille. C’est trĂšs simple, mais ça se rĂ©vĂšle un moyen puissant de tenir le cap et d’organiser sa journĂ©e.

Si la veille comptait peu de pas, je m’assurais d’aller courir et de m’entraĂźner ce jour-lĂ . À l’inverse, si le temps en ligne Ă©tait insuffisant, je savais que je devais rattraper et je sortais mon ordinateur.

J’ai RescueTime installĂ© sur mon ordinateur ; il s’intĂšgre Ă  Gyroscope et fournit automatiquement des stats trĂšs utiles sur ma productivitĂ©. Sur mon tĂ©lĂ©phone, Moves suit les endroits oĂč je vais et la façon dont je me dĂ©place entre eux.

Je voyage aussi avec mon Fitbit Charge HR, qui suit ma frĂ©quence cardiaque et mes pas chaque jour. Je le prĂ©fĂšre Ă  l’Apple Watch en voyage, parce que je n’ai Ă  le recharger que tous les 4 ou 5 jours et que la frĂ©quence cardiaque est un peu plus dĂ©taillĂ©e. Bien qu’il soit techniquement seulement « rĂ©sistant Ă  l’eau », je l’ai emmenĂ© Ă  une dizaine de pieds sous la surface et il a l’air de trĂšs bien s’en sortir. Ma montre de plongĂ©e, elle, est Ă©tanche jusqu’à 2000 pieds, une limite que je ne compte pas tester.

Une journĂ©e type Ă  Apo Reef commençait vers 5 ou 6 heures. Je me levais et je rattrapais mes e-mails et mes appels avant que tout le monde ne se couche aux États-Unis. Puis petit-dĂ©jeuner vers 7 h, pour un cafĂ©.

Il n’y avait pas grand-chose d’autre Ă  faire sur l’üle, alors je travaillais quasiment toute la journĂ©e, avec une courte pause dĂ©jeuner et une heure au coucher du soleil pour courir et dĂźner. Le soir, je me dĂ©tendais en lisant un chapitre ou deux, puis je me remettais au travail quelques heures avant de m’endormir.

En un mois, j’ai rĂ©ussi Ă  venir Ă  bout de plusieurs livres qui traĂźnaient sur ma liste :

  • High Output Management
  • Business Adventures
  • The Song Machine
  • 50 Places to Dive before you Die
  • The Circle
  • Travels, de Michael Crichton
  • Japanese for Busy People (manuel)

Tout au long de la journĂ©e, je regardais l’app Gyroscope pour voir oĂč j’en Ă©tais. Je voyais les chiffres bouger toutes les quelques minutes et je vĂ©rifiais que j’étais dans les clous.

C’était en gros un jeu d’équilibre entre le temps passĂ© sur l’ordinateur et les pas et l’exercice. Notre app de course rendait amusant le fait de partir trottiner le long de la plage pour rattraper mes objectifs de pas et de frĂ©quence cardiaque.

L’üle d’Apo Reef

La sortie en bateau Ă  laquelle je m’étais inscrit partait le 13, avec une nuit sur place et un retour le lendemain soir. Nous ferions 5 plongĂ©es le premier jour, dormirions sur le bateau Ă  la belle Ă©toile, 5 plongĂ©es de plus le lendemain, puis retour. Il fallait se lever Ă  5 h pour partir Ă  l’heure. Vers 9 h, nous sommes arrivĂ©s sur le premier site : une Ă©pave.

Le rĂ©cif d’Apo s’est rĂ©vĂ©lĂ© l’un des plus beaux endroits que j’aie jamais vus, grĂące Ă  la conjonction de conditions parfaites (une eau chaude et cristalline), d’espĂšces magnifiques (des tortues et des requins qui circulent librement) et de l’absence totale d’autres humains alentour.

J’étais en binĂŽme avec Ed, un divemaster de 22 ans qui a grandi sur une Ăźle voisine et plonge depuis ses 14 ans. Nous avions notre propre rythme : plonger aussi longtemps que possible (environ une heure), remonter pour un intervalle de surface (encore une heure environ), puis redescendre.

Les tortues

La premiĂšre tortue, je suis passĂ© Ă  cĂŽtĂ© sans la voir. Quelqu’un m’a attrapĂ© la jambe et me l’a montrĂ©e du doigt, et aprĂšs quelques secondes j’ai compris que ce qui ressemblait Ă  un rocher Ă©tait la carapace d’une grosse tortue. En m’approchant pour la photographier, elle est partie Ă  la nage. Mais quelle Ă©motion !

Saurez-vous repérer la tortue ?

Beaucoup d’autres poissons, mĂȘme les requins, Ă©taient assez craintifs. On pouvait en voir un, mais s’en approcher assez pour une bonne photo Ă©tait presque impossible.

Les tortues, elles, semblaient se moquer complĂštement des humains. Souvent, je pouvais nager juste Ă  cĂŽtĂ© d’elles et elles continuaient ce qu’elles faisaient. Ça a donnĂ© de superbes photos et vidĂ©os.

D’autres fois, elles avançaient tranquillement et je pouvais nager Ă  leurs cĂŽtĂ©s. C’était totalement surrĂ©aliste. Elles sont manifestement chez elles ici, dĂ©pensant Ă  peine de l’énergie quand il me fallait toute la force de mes palmes pour suivre.

Souvent, elles Ă©taient accompagnĂ©es d’autres poissons sous le ventre. On voit frĂ©quemment les requins et les gros poissons escortĂ©s par ces poissons nettoyeurs. C’est une belle dĂ©monstration de symbiose sous-marine que de voir ces espĂšces toujours ensemble, comme le poisson-clown et l’anĂ©mone.

Plongée profonde

La plupart des plongĂ©es descendent Ă  20 ou 30 mĂštres (60–100 pieds), avec une remontĂ©e progressive sur une heure, puis un palier de sĂ©curitĂ© Ă  5 mĂštres avant de faire surface. Mais beaucoup de requins et d’autres espĂšces intĂ©ressantes vivent bien plus bas.

Ma plongĂ©e la plus profonde est descendue Ă  40 mĂštres, battant mon record prĂ©cĂ©dent d’environ 32. À cette profondeur, vous ĂȘtes Ă  plus de cent pieds sous la surface et vous sentez le poids de 5 atmosphĂšres terrestres au-dessus de vous.

Mes lĂšvres se sont mises Ă  picoter, Ă  cause de la pression ou du froid, et j’ai ressenti ce qu’on appelle la narcose Ă  l’azote, qui ressemble un peu Ă  l’ivresse, causĂ©e par les changements dans l’air qui parvient au cerveau. J’ai fait le pouce en l’air Ă  Ed, et nous avons entamĂ© la (trĂšs) lente remontĂ©e vers 20 mĂštres. Nous n’avons malheureusement pas trouvĂ© de requins lĂ  en bas, mais il y en aurait beaucoup ensuite.

Dans l’excitation de la descente, j’avais totalement oubliĂ© que mon appareil photo Ă©tait dans ma poche ! Un Fujifilm reconditionnĂ©, prĂ©vu pour 15 mĂštres seulement.

Je ne voulais pas dĂ©penser un quart de mon budget voyage dans une GoPro toute neuve (la prĂ©cĂ©dente avait pris l’eau il y a deux ans en plongeant Ă  Santa Barbara), alors j’avais achetĂ© l’appareil sous-marin le moins cher sur Amazon. MĂȘme s’il Ă©tait donnĂ© pour 15 mĂštres, je le soupçonnais d’en supporter davantage.

Il a survĂ©cu jusqu’à 40, et j’ai Ă©tĂ© assez impressionnĂ© par la fabrication et la qualitĂ© des photos, sans doute meilleures que les images d’une GoPro.

Il est difficile d’expliquer la magie de la plongĂ©e Ă  quelqu’un qui n’a jamais essayĂ©. Chaque plongĂ©e donne l’impression d’ĂȘtre dans une Ă©quipe d’exploration de Star Trek, Ă  explorer des mondes Ă©tranges pour entrer en contact avec des espĂšces extraterrestres. On ne sait jamais Ă  quoi s’attendre, mais il finit toujours par se passer quelque chose d’excitant.

J’ai essayĂ© de prendre quelques photos & vidĂ©os pour capturer et raconter certaines des choses incroyables que j’ai vues. Voici une courte vidĂ©o avec quelques temps forts


Une plongĂ©e moyenne aux États-Unis (Ă  HawaĂŻ ou en Californie) coĂ»te plus de 100 $, alors qu’ici elles revenaient Ă  10–20 $, dans une eau bien plus chaude. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler dans un endroit oĂč il suffisait de monter sur un bateau pour aller plonger l’aprĂšs-midi. Au lieu de la pause dĂ©jeuner ou de la rĂ©union d’aprĂšs-midi habituelle, je passais du temps avec des requins.

Les requins

La plupart des gens Ă  qui j’en parle ont peur des requins et me rappellent des scĂšnes des Dents de la mer. Les requins de cette zone ne sont pas les fameux grands blancs, mais des requins de rĂ©cif, bien plus petits et pas du tout agressifs.

Ce requin faisait une bonne sieste.

En gĂ©nĂ©ral, ils s’enfuyaient dĂšs qu’ils nous voyaient, ce qui rendait la photo difficile. Leur façon de se dĂ©placer dans l’eau Ă©tait trĂšs gracieuse et Ă©lĂ©gante. Ceux que nous avons croisĂ©s Ă©taient des requins de rĂ©cif Ă  pointes blanches et Ă  pointes noires. On a aussi vu des requins-marteaux et des requins-renards lĂ -bas, mais pas pendant notre passage.

Un requin de récif à pointes blanches nageant sous nous
Les barracudas

À part nager aux cĂŽtĂ©s des tortues, le moment le plus magique du voyage a Ă©tĂ© la rencontre avec un banc de barracudas. Certaines espĂšces, comme le grand barracuda, se dĂ©placent seules ou en couple. Nous en avons croisĂ© quelques-uns, sans grand Ă©moi.

D’autres barracudas se dĂ©placent en bancs de centaines, voire de milliers. À la fin d’une plongĂ©e plutĂŽt calme, alors que nous allions faire notre palier de sĂ©curitĂ© et remonter, nous avons Ă©tĂ© entourĂ©s par un de ces bancs.

Ayant dĂ©jĂ  croisĂ© des barracudas (au bien nommĂ© Barracuda Rock, en ThaĂŻlande), je savais Ă  quoi m’attendre et je n’avais pas vraiment peur, mĂȘme s’ils nageaient Ă  quelques pieds de moi. Ils ont virĂ© et ont fini par tourner autour de nous. Avec des barracudas de tous les cĂŽtĂ©s, la seule chose Ă  faire Ă©tait de rester calme et de prendre de bonnes photos.

Contrairement Ă  ma rencontre prĂ©cĂ©dente, oĂč ils Ă©taient simplement passĂ©s, ceux-ci ont continuĂ© Ă  tourner autour de nous plusieurs minutes. Au troisiĂšme ou quatriĂšme tour, j’ai commencĂ© Ă  m’inquiĂ©ter un peu. Est-ce une sorte de rituel d’avant-dĂ©jeuner ? Aiment-ils la cuisine indienne ? Pendant leurs tours, j’avais l’impression que chacun d’eux me regardait droit dans les yeux.

Au bout de quelques minutes, ils se sont visiblement lassĂ©s de nous et ont dĂ©cidĂ© d’aller ailleurs. Ils Ă©taient des milliers, donc impossible de savoir qui commandait ni comment ils dĂ©cidaient collectivement, mais c’était fascinant de les voir soudain s’enrouler en spirale sous nous et repartir tous quelques secondes plus tard.

Les petites choses

Au dĂ©but, plus les animaux Ă©taient gros, plus nous Ă©tions excitĂ©s. Une sortie n’était vraiment rĂ©ussie que si vous croisiez un gros requin ou une grosse tortue. « Vu quelque chose de bien ? » « Bof, juste des petits trucs. »

Mais aprĂšs la dixiĂšme tortue, elles se ressemblaient toutes. Je ne prenais mĂȘme plus la peine d’allumer mon appareil si elle ne faisait rien de spĂ©cial. C’était intĂ©ressant, et un peu inquiĂ©tant, de voir Ă  quelle vitesse l’exotique devient banal, pour Ă  peu prĂšs tout le monde dans le groupe. On dirait que les humains sont profondĂ©ment programmĂ©s pour juger les choses Ă  leur raretĂ©, et s’habituent trĂšs vite mĂȘme aux spectacles les plus magnifiques.

Pourtant, la beautĂ© nous entourait de partout. Il a juste fallu un peu de temps pour se calmer et vraiment la remarquer. L’une de mes activitĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©es est devenue la recherche de nudibranches. Ils sont minuscules, un pouce ou deux au maximum, mais trĂšs vivement colorĂ©s, repĂ©rables si l’on regarde de prĂšs.

Les nudibranches

MĂȘme dans un monde dĂ©jĂ  Ă©clatant de couleurs, les nudibranches se dĂ©tachent vraiment par leurs teintes vives. On dirait que quelqu’un a poussĂ© la saturation Ă  110 % pour ces petits bonshommes.

Les photographier pose des difficultĂ©s particuliĂšres. Comme ils sont minuscules, il faut vraiment s’approcher, ce qui demande une maĂźtrise parfaite de la flottabilitĂ©. En suspension Ă  un pouce au-dessus, il faut trouver le timing parfait entre l’appareil, le courant, la respiration et l’animal.

La plupart ont deux petites antennes sur la tĂȘte, comme leurs cousins escargots terrestres. Mais beaucoup ont aussi toutes sortes de panaches qui dĂ©passent un peu partout.

Celui-ci ressemble à une salade de chou kale oubliée trop longtemps.

Alona Beach

AprĂšs quinze jours de plongĂ©e & de solitude productive Ă  l’Apo Reef Club, la derniĂšre Ă©tape aux Philippines Ă©tait une Ăźle appelĂ©e Panglao. Je logeais dans un complexe sur une bande de sable appelĂ©e Alona Beach. L’ambiance rappelait Boracay, avec beaucoup de restaurants et de gens qui marchent le long de la plage, mais en bien plus petit et moins bondĂ©. Le wifi y Ă©tait censĂ© ĂȘtre plutĂŽt bon, ce qui me rĂ©jouissait.

Toute la plage faisait moins d’un mile de long, donc y courir voulait dire enchaüner les allers-retours.

Chaque matin, je descendais au petit-dĂ©jeuner de l’hĂŽtel Ă  7 h et j’avais un rapide appel Skype avec Mahdi avant qu’il n’aille se coucher au Canada.

Je passais ensuite le reste de la journĂ©e dans diffĂ©rents cafĂ©s et coins prĂšs du complexe. La nouvelle page des groupes Ă©tait presque prĂȘte et j’avais hĂąte d’en sortir la bĂȘta pour quelques utilisateurs Pro.

La page de groupe nouvelle & améliorée, avec des classements !

Foursquare m’a conduit Ă  un joli cafĂ©, le Buzzz, avec des boissons bio au miel. J’y ai travaillĂ© la plupart des jours. On y servait les smoothies Ă  la mangue les plus dĂ©licieux. Le reste du temps, je travaillais au bord de la piscine ou au bar de l’hĂŽtel, qui servait aussi des smoothies Ă  la mangue.

J’ai fait quelques plongĂ©es avec le club local, mais rien de spectaculaire. La visibilitĂ© n’était pas terrible, le bateau Ă©tait trop chargĂ© et il n’y avait mĂȘme pas de requins. Bref, Apo Reef m’avait gĂątĂ©.

Un matin, j’ai oubliĂ© de mettre de l’anti-moustiques et, Ă  l’heure du petit-dĂ©jeuner, j’étais couvert d’une douzaine de piqĂ»res de toutes sortes. Pendant ce temps, mes lunettes de soleil Ă©taient littĂ©ralement en train de fondre. L’internet lent et l’attente permanente commençaient Ă  peser. Au bout de 25 jours, j’en ai eu assez de la chaleur, du sable et des insectes partout. Il Ă©tait temps de partir.

Au revoir, Bohol

Mon plan Ă©tait de rester aux Philippines jusqu’à ĂȘtre rassasiĂ© de nature, puis d’aller Ă  Tokyo jusqu’à ĂȘtre rassasiĂ© de bonne cuisine, et enfin de rentrer Ă  San Francisco.

Heureusement, mon vol pour Narita était le lendemain. Parfaitement dans les temps.

À suivre